Catherine MANGANO

La voix, entre peur de l'échec et désir de réussite

Les cinq sens sont des détecteurs qui décryptent les conditions extérieures auxquels répondent les ressentis de façon inconsciente et globale sous la forme d'un changement d'état par des mouvements  intérieurs qui rendent possible l'adaptation à ces nouvelles conditions.  Une prodigieuse machine à traiter les données avec une extrême précision se met en marche; les yeux visualisent l'environnement et l'entourage en trois dimensions et en couleurs, tandis que les terminaisons nerveuses de la peau renseignent sur la température de l’air, les narines sur sa composition gazeuse, les odeurs, les parfums;  les oreilles sur l’ambiance sonore (bruits familiers ou non). L'apparition d'une émotion est une source de perturbation.  Nous interprétons cette sensibilité comme une faille qui nous rend perméable au monde extérieur. Cette réceptivité nous fragilise et nous essayons de nous refermer pour nous protéger. Cet ordre de résistance est  envoyé depuis le mental qui a pour mission de contrôler les flux d'informations qui viennent de   l'extérieur en vue de ne pas perturber notre équilibre intérieur.  Cette action protectrice du mental crée les tensions physiques, émotionnelles et psychiques que nous rencontrons lorsque nous nous exposons au regard et à l'écoute extérieures lors d'une prise de parole pour  exprimer notre point de vue comme à travers notre voix pour exprimer notre sensibilité par le chant. L’ambiguïté de notre attitude face aux émotions vient de cette dualité entre, d’un côté,  notre désir de lâcher prise pour nous mettre en état de réceptivité émotionnelle et, de l’autre, notre résistance à ce même désir. Ce qui nous insensibilise  nous rend hermétique au monde extérieur mais nous coupe aussi de nous mêmes. D'un côté, nous sommes d’une extrême réceptivité aux stimulations extérieures et de l’autre, nous nous refermons pour ne pas les ressentir.  Ce déchirement entraîne un combat qui se livre inconsciemment  et entraîne une perte importante d'énergie entraînant le manque de confiance en soi, de combativité,  de concentration, la perte du goût et du désir, l'absence de curiosité et la perte de sens de sa  vie dans l'indifférence et l'ennui. Sur le chemin de la reconstruction et de la guérison, le chant reconnecte l'être à ses émotions  en développant sa capacité à s'ouvrir au monde extérieur par l'expression de son monde intérieur. 

 

 

Plus on a envie de réussir, plus la peur de l’échec est grande

 

Il y a ce que l’on a envie de faire et ce qui nous en empêche. La réalisation du moindre de nos projets déclenche immédiatement un combat en nous. D’un côté, l’enthousiasme nous pousse à aller de l’avant et, de l’autre, la peur de ne pas y arriver exerce une résistance qui nous freine. Ces deux forces se stimulent parallèlement et sont aussi puissantes l’une que l’autre, entraînant une tension extrême qui n’est pas sans conséquences. Les effets psychosomatiques apparaissent aussitôt, angine, extinction de voix,  pour ne citer que les plus courantes. Cette réaction s’applique à tous les enjeux qui nous tiennent à cœur, aussi bien dans notre vie ordinaire que dans notre expression artistique.

 

Comment parvenir à nous laisser porter par cette pulsion de départ jusqu’au bout sans nous laisser couper dans notre élan par le doute, la peur de l’échec? Trouver la réponse à cette question, c’est donner la solution au problème du trac et de la somatisation qui se repose à chaque fois que l’occasion nous est offerte de donner le meilleur de nous même. Mais au lieu de cela, tout se complique très vite dans notre esprit. Au lieu de garder notre calme, l’excitation nous envahit. Notre cœur se met à battre de plus en plus rapidement dans notre poitrine,  nos mains, nos jambes se mettent à trembler, notre bouche se dessèche, notre langue est pâteuse, collée au palais, notre gorge est nouée, la tête nous tourne…dans quelques secondes, le rideau va s’ouvrir sur le public et on ne peut plus reculer. C’est alors que le miracle se produit. La musique démarre et quelque chose se met en route en nous, presque sans nous. Une partie de nous-même passe par-dessus la peur. C’est le passage à l’acte qui fait disparaître toutes les angoisses qui grandissaient à mesure que l’échéance s’approchait avec l’attente. Connaître ce fonctionnement permet de faire avec lui.

 

L’attente produit la tension.

 

La réussite se fait rarement en un claquement de doigts. La plupart du temps, avant d’atteindre la reconnaissance du public, la première étape est l’attente. Pendant cette période de transition, le doute et la peur de l’échec  se chargent de mettre à rude épreuve la motivation de l’artiste.  Le trac engendrant toutes sortes de troubles psychosomatiques, allant de la simple toux nerveuse à une infection buccale, gencives, palais, cordes vocales, les opportunités sont autant de rendez-vous manqués. Tout cela en quelques jours, juste après avoir signé un contrat.  Peu importe l’importance de l’enjeu, le résultat sera le même : stress, panique, somatisation. Le processus est enclenché et les troubles apparaissent. Alors, même si la chance est venue frapper à la porte de notre destin, même si nous ne nous sommes pas contentés du don que le ciel nous a donné à notre naissance et que nous avons travaillé notre voix avec les meilleurs professeurs, la peur de l’échec peut nous faire rater une audition capitale. Tout ça, à cause d’une angine, d’une extinction de voix, d’une gingivite, d’un abcès dentaire qui s’est déclaré deux jours avant la le jour « J ».

 

L’action absorbe la tension.

 

La somatisation vient de ce rapport de forces, entre l’objet de notre désir et la peur de ne pas l’obtenir, de cette résistance qui nous fait douter de notre capacité à parvenir à réaliser notre objectif. C’est ce combat qui se joue à l’intérieur de nous chaque fois que la chance vient frapper à notre porte.  La résistance est nourrie par le discours de la partie de nous-même qui porte un jugement sur ce que nous faisons, qui critique avec virulence la moindre de nos actions. Cette partie de nous-même est notre pire ennemi. Cependant, il est possible d’en triompher. Mais comment faire la sourde oreille au discours du mental? Ce discours est d’autant plus virulent et destructeur qu’il est nourrit directement par notre peur de l’échec. Mais tant que le rideau n’est pas ouvert, on se sent sumergé par le trac. Impossible de lâcher prise et de ne penser qu’au bonheur de chanter. Alors, comment faire ? Comment se libérer de sa volonté de bien faire ? Simplement en se contentant d’être au service de sa voix  pour lui donner le chant libre ! Devant la simplicité de cette évidence, un réajustement intérieur s’opèrera immédiatement en dissipant toute les tensions, toutes les résistances avec la peur de mal faire.

 

Plus on croit en ses chances de réussite, plus la motivation  est grande.

 

Se trouver au bon endroit, au bon moment, relève plus de la chance que de la stratégie. C’est ce premier rendez-vous imprévu, heureux concours de circonstances, qui sera décisif pour la suite de notre carrière. Ne pas manquer l’occasion de se faire entendre et multiplier les occasions de se faire connaître avec la sagesse de prendre chaque échec comme un  tremplin vers le succès permettra d'en tirer l’enseignement nécessaire pour enrichir notre parcours de nouvelles expériences. L’apprentissage se nourrit de cette persévérance. Il nous apprend l’humilité. C’est la meilleure préparation pour garder la tête froide et les pieds sur terre lorsque le succès arrivera.



19/01/2012
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